Plus complotiste que moi, tu meurs !

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Plus complotiste que moi, tu meurs !

Message  Newo le Sam 24 Sep - 22:31

Plus complotiste que moi, tu meurs !
Régis Soubrouillard, Marianne


Disparu de la scène médiatique internationale depuis des années, l'annonce de sa mort par le président Obama replace Oussama Ben Laden au centre des préoccupations médiatiques. Il fait ainsi une entrée fracassante dans la short-list des figures mythifiées dont les thèses sur les circonstances nébuleuses de la mort nourriront à jamais une littérature de combat, son culte, et autant de théories complotistes.

« On vous balance un mauvais photo montage de Ben Laden mort et l'explication grotesque d'un corps balancé aussitôt à la mer et cela vous suffit ? »
« le conte de fées amerloque continuent et les idiots utiles continuent à y croire. »
« La machine à propagande bat son plein, surtout ne pas penser... »
« Depuis 2001 on nous raconte une fable qui devait avoir une fin "crédible" pour nous en raconter une autre..., car la situation a changé! ».


Chaque article sur « la mort de Ben laden » charrie, c’était prévisible, son lot de réactions épidermiques. Sur google « Ben Laden » et « complot », c'est 2.600.000 résultats. Kennedy est au tapis. Sans compter les innombrables remarques sur le rôle de Ben Laden, un agent de la CIA, la mort déjà ancienne du Guide, qui aurait succombé dans les montagnes afghanes il y a 5 ou 6 ans, où comme l’illustre admirablement la une de Charlie Hebdo, les théories qui ne manqueront pas d’émerger sur son refuge doré dans une île presque déserte avec ses copains Elvis, J.F. Kennedy, Michael Jackson qui fricote, dit-on, avec Lady Di et quelques autres people pas complètement décédés, ravis de se retrouver régulièrement pour des fiestas dantesques dans le décor en carton-pâte qui servit au faux alunissage de Neil Armstrong…

L'administration américaine ou le culte de la manipulation

Trois jours à peine après la mort annoncée –soyons prudents…- du guide d’Al Qaïda, déjà fleurissent sur tous les forums les soupçons de complot, dénonciation de propagande, conspirationnisme.

En 1992, au moment de la sortie du film d’Oliver Stone « JFK » ,75% des américains croyaient à un camouflage de l’affaire par les autorités. En octobre 2006, 28% des américains pensent qu’on leur ment sur les attentas du 11 septembre (1). Difficile d’en déduire quoi que ce soit, d’aucuns estimeront toujours que le lobby sondocrate américain en bisbille avec le pouvoir suprême a quelque intérêt à diffuser de tels résultats. Pourquoi pas après tout…A chacun son complot.

D’autant, et c’est là le plus grave, que l’histoire de l’administration américaine n’a rien fait pour lever ces soupçons, cultivant un art de la manipulation sans équivalent. De tous temps, le pouvoir américain a développé une culture du secret –l’armée et les services de renseignement a fortiori, ce qui est compréhensible dans bien des cas- et a multiplié contre-vérités, mensonges, cachotteries entre amis, entourloupes qui ne plaident en rien pour gober tout crû le story-telling échafaudé par quelques communicants habiles de la Maison Blanche à propos de l’assassinat de l’ennemi public numéro 1. Surtout à un an des élections présidentielles US. Le timing est parfait.

Kennedy, Johnson, Nixon, Kissinger, Reagan, Clinton, tous ont usé, en leurs temps, de leurs talents de dissimulateur suscitant une culture du soupçon dans l’opinion publique américaine et mondiale à l’égard des Etats Unis. Des amateurs comparé à George W. Bush qui fera de la manipulation un système de gouvernement. Comme le dit le journaliste Daniel Vernet dans son livre « la théorie du complot : une histoire américaine : « George W. Bush a un rapport très distancié à la vérité et ses plus proches conseillers sont des spécialistes de la désinformation ». En particulier dans les affaires de sécurité nationale. En 2003, il décide que Saddam Hussein doit être éjecté de son trône : « il faut à tout prix repérer des armes de destruction massives en irak et établir un lien entre le dictateur de Bagdad et les attentats du 11 septembre ». Ce qui sera fait, démontré à la tribune de l’ONU, sans que ni Colin Powell, ni les services secrets américains ne croient une seconde à leur démonstration. Mais l’essentiel n’est pas là. La guerre est déclarée. Mission accomplie.


Une actualité difficile à maîtriser, un monstre médiatique insatiable

Auteur d'un ouvrage intitulé Complocratie, le journaliste Bruno Fay remonte aux sources des théories du complot citant le professeur Richard Hofstadter, auteur d’un essai sur « le style paranoïaque dans la politique américain », il analyse le phénomène d’adhésion aux théories du complot en s’appuyant justement sur l’existence avérée de complots dans l’histoire américaine. Les exemples abondent. l’anthropologue Georges Marcus va encore plus loin estimant que « plusieurs décennies de mauvaises habitudes gouvernementales et le climat paranoïaque rendent aujourd’hui « raisonnable » une lecture conspirationniste du monde ». C’est toute la perversité du système. La théorie du complot trouve son assise sur l’existence de complots réels, fomentés dans le plus grand secret des opinions publiques. Dès lors, le complot devient la vérité rationnelle.
Orwell avait anticipé cette tendance dans 1984 dénommant MiniVer (Ministère de la vérité), l’organisme chargé de réécrire l'histoire aussi souvent que nécessaire.

Pour l'historien Raoul Girardet dans Mythes et Mythologies, il y au départ d'une théorie du complot une volonté d'explication. Cette utilité sociale en fait une variété du mythe : elle propose un cadre d'interprétation simple, non scientifique, fondé à la fois sur des préjugés et une certaine forme de bon sens populaire.

« Il existe une omniprésence du soupçon sans que l'acteur-comploteur soit encore bien défini. On l'a vu à propos des attentats du 11 septembre 2001 - conséquence, eux, d'un complot bien réel -, l'imaginaire conspirationniste a retrouvé de la vigueur, mais il reste diffus. Il y a une forme de démission de l’intelligence assez spontanément engendré par le spectacle d’une actualité assez difficile à maîtriser » constate, pour sa part, le philosophe Marcel Gauchet.

Car le vampire médiatique est insatiable. D’où cette tendance à produire de la communication (mort annoncée de la femme de ben laden, photo de Ben Laden, disparition du cadavre, superficie et valeur de sa maison, interview des voisins etc. ), du spectacle avant d’avoir accès à de « véritables » informations, vérifiées, recoupées, validées. Qui seront elles-aussi d’ailleurs toujours sujettes à caution. Faute d'informer on amuse la galerie: « Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu’il montre. Le gouvernement du spectacle, qui à présent détient tous les moyens de falsifier l’ensemble de la production aussi bien que de la perception, est maître absolu des souvenirs » écrivait Debord dans La société du spectacle.

Des théories du complot, signatures des angoisses d'une époque

Restent quelques faits :

- Ben Laden est mort.
- Une fille de 12 ans d'Oussama Ben Laden, détenue au Pakistan avec une de ses épouses et d'autres enfants présents dans la maison au moment du raid, a raconté avoir vu les soldats américains tuer le chef d'Al-Qaïda, a dit à l'AFP un responsable du renseignement pakistanais.
- John Brennan, le conseiller anti-terroriste d’Obama a laissé entendre que les tests ADN ayant permis d’identifier Oussama ben Laden pourraient éventuellement être révélés.
- Obama a a annoncé qu'aucune photo du cadavre de Ben Laden ne serait fournie à la presse.
D’après ce que l’administration américaine a révélé, Ben Laden a été touché à la tête. Il n’est donc pas sûr que l’ex-ennemi n°1 soit reconnaissable. Cela n'aurait donc pas permis de lever les doutes de ceux qui affirment que Ben Laden n’est pas mort.
- Le corps, transporté sur le porte-avions nucléaire Carl Vinson, a été immergé quelque part dans le nord de la mer d'Oman. Le cadavre a été lavé avant d'être enveloppé dans un linceul blanc. Le cadavre est donc perdu pour toujours. Le silence et l'absence de preuves ne feront que confirmer l'existence d'un complot. Saluons ici, la perspicacité de nos amis américains.

A quoi aurait servi donc la diffusion des photos de Ben Laden ? Leur seule provenance (l’armée américaine) aurait fait l’objet d’une suspicion de même que les médias qui se seraient faits les complices de leur diffusion. Toutes les preuves du monde ne feront qu’alimenter les théories du complot. Car à la vérité, les théories du complot renseignent moins sur la réalité de l’objet qui a été mythifié que sur les rêveries, fantasmes, angoisses et stratégies de l’époque et de ceux qui les produisent.

1- Complocratie - Bruno Fay, éditions du Moment.

Newo

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