Attention sondage ReOpen911 !!!

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Attention sondage ReOpen911 !!!

Message  Newo le Dim 25 Sep - 20:24

11-Septembre : non, 58% des Français ne croient pas à la théorie du complot


Reportages, vidéos Internet, articles, livres... et maintenant sondages. Les démonstrations plus ou moins hasardeuses pour prouver qu'un vaste complot entourerait les attentats du World Trade Center se comptent par dizaines voire centaines. De quoi rendre les Français sceptiques ? Pas si sûr...

Un récent sondage effectué par Junior Conseil pour ReOpen911 est cité avec un plaisir non-dissimulé par les représentants du 9/11 Truth Movement français comme une preuve que leurs idées ont fait leur chemin dans la population française – ce qui ne serait pas un argument logique pour une théorie du complot, mais rassurerait sans doute les conspirationnistes. Une lecture superficielle des résultats publiés laisse en effet penser que 58% des sondés, soit ici 290 personnes et non comme annoncé "58% des Français", ont des doutes sur la "version officielle" selon laquelle les attentats ont été commis par des terroristes islamistes.

Le sondage fut effectué par téléphone, entre le 6 et le 24 juin 2011, sur un échantillon de 500 personnes. Il s’agit d’un échantillon suffisamment grand pour garantir une fourchette relativement étroite, de 54% à 62%. Faut-il alors supposer qu’entre 54 et 62% des Français ont rejoint les rangs des "truthers" ? Pas si sûr, car la lecture du questionnaire révèle une concentration rarement atteinte de bourdes méthodologiques… ou de techniques de manipulation sondagière.

Les huit questions du sondage sont les suivantes :


1. "Diriez-vous que le 11-Septembre est toujours un sujet d’actualité ?" (tout à fait/plutôt/sans opinion/plutôt pas/pas du tout)
2. "Pensez-vous que le gouvernement Bush a dit tout ce qu’il savait concernant les attentats du 11-Septembre ?" (non/sans opinion/oui)
3. "Que pensez-vous de la version officielle des attentats du 11-Septembre ?" (J’ai de sérieux doutes/ J’ai quelques doutes / sans opinion / je pense que cette version correspond à la réalité)
4. "Combien de tours se sont effondrées à New-York le 11 septembre 2001 ?" (question ouverte)
5. "Durant les dernières années, diriez-vous que les médias ont plutôt :" (rapporté la version officielle de ces attentats / sans opinion / informés de la manière la plus complète possible)
6. "Que pensez-vous de cette hypothèse : Les autorités américaines auraient été informées à l’avance des attentats et les auraient laissé se produire." (vrai/probable/possible/sans opinion/faux)
7. "Que pensez-vous de cette hypothèse : Une partie des autorités américaines serait impliquée dans la réalisation de ces attentats." (vrai/probable/possible/sans opinion/faux)
8. "Seriez-vous favorable à un débat public approfondi sur ces événements ? Une enquête indépendante pour en savoir plus sur ces événements ?" (oui/sans opinion/non)


La technique des sondages est suffisamment ancienne pour qu’on ait pu observer, décrire et identifier un ensemble de caractéristiques qui peuvent influencer, dans une mesure qu’on imagine difficilement, les réponses des sondés et ce qu’on peut en dire.

La formulation des questions est d’abord essentielle. Une question mal posée, et le sondage ne vaut plus rien… Pour que les résultats puissent être interprétés, les questions doivent d’abord être claires, afin que les sondés aient tous, à peu près, la même interprétation de celle-ci. On peut douter que l’expression "version officielle" utilisée dans la question 3 réponde à cette exigence de clarté…

Les sondés, au grand désarroi des sondeurs, répondent rarement directement à la question posée : ils cherchent souvent à identifier la réponse que le sondeur attend, afin de la satisfaire. Cet effet de désirabilité sociale explique en grande partie que les sondeurs se soient tellement arrachés les cheveux sur les expressions d’intention de vote Front National. Pour limiter cet effet de désirabilité sociale, il est capital d’être le plus neutre possible, en particulier dans l’expression des questions. Or, dès la question 2, et de manière manifeste à la question 3 avec l’utilisation de l’expression typiquement conspirationniste et hypercriticiste de "version officielle", les sondeurs ont marqué le sondage. Le sondé sait, à ce moment, que le commanditaire du sondage (qu’il identifie à la personne qui l’interroge) croient aux théories du complot.

Complot ?


Mais en matière de manipulation par les sondages, l’instrument le plus efficace consiste à inclure des questions inutiles et peu informatives ayant pour seul but de faire dire quelque chose au sondé. C’est que le sondé veut être cohérent. Aussi, si on réussit à lui faire exprimer une opinion, toutes les questions suivantes seront influencées par cette prise de position initiale. C’est pour cette raison qu’on ne demande jamais dans un enquête sur un yaourt par exemple une estimation globale en premier : un sondé qui aura répondu "c’est très bon" à la question de jugement global aura en effet tendance par la suite à juger positivement toutes les caractéristiques spécifiques du produit (texture, acidité, etc.). C’est ce que les sondeurs appellent l’effet de halo.

La première question du sondage de 9/11 est totalement inutile du point de vue informatif (nous savons tous que les médias parlent encore du 11-Septembre, et nous pouvons donc répondre oui).

Mais en répondant oui, le sondé affirme aussi que la question est intéressante : on l’a amené à prendre symboliquement position. La seconde question enfonce le clou : comment le gouvernement Bush pourrait-il divulguer "tout ce qu’il sait" sur le 11-Septembre ? Outre le fait que ce gouvernement est connu pour sa malhonnêteté (ce qui rend la réponse "oui" un peu naïve), il est bien évident qu’il n’a pas révélé les numéros de téléphone des pilotes, qu’il a pourtant en sa possession. La réponse "non" n’apporte aucune information sur ce que pensent les sondés… mais les conduit une fois de plus à prendre position en faveur de l’idée qu’on nous cache quelque chose. L’effet de halo joue alors à plein pour les 6 questions restantes.

Manipulation

On y pense moins souvent, mais les réponses proposées sont également importantes dans un sondage. En matière de plaisanterie, on caricature parfois les sondages gouvernementaux en proposant "Que pensez-vous de l’action du gouvernement ?" (Formidable/ parfait/ très bien/ pas mal).

Les sondés ont tendance à privilégier les questions posées en premier : c’est l’effet d’ancrage. Il se trouve que, dans le compte rendu donné sur le site ReOpen911, la réponse favorisant la théorie conspirationniste est toujours donnée en premier. Étrange coïncidence.

Les sondés ont tendance à éviter les réponses extrêmes : c’est le biais de tendance centrale. Ainsi, lorsque les réponses possibles sont "vrai, probable, possible, sans opinion et faux", comme aux questions 6 et 7, les réponses "probable" et "possible" sont nettement sur représentées…

La question 5 est une vraie caricature : le sondé doit dire si les médias donnent "la version officielle" ou la vérité. Pour beaucoup, les deux réponses sont tout simplement identiques ! Mais "la version officielle" est proposée en premier, et l’effet d’ancrage joue. Elle est moins extrême, et l’effet de tendance centrale joue. En outre, elle est moins impliquante : en répondant que les médias donnent la version officielle, je ne dévoile pas ma position intime. Or les sondés rechignent souvent à dévoiler leur conviction, surtout si, comme c’est le cas ici, elle est en contradiction manifeste avec celle des commanditaires du sondage…

Interprétation

Enfin, bien entendu, l’interprétation des résultats d’un sondage est toujours une affaire délicate – même quand le sondage est bien fait. La quatrième question (combien de tours ont chu) semble un peu déplacée dans ce sondage, mais on comprend son but en lisant l’interprétation des résultats qu’en fait le site Reopen911 : constatant que ceux qui savent qu’il y a eu trois effondrements sont, plus que les autres, sensibles aux thèses conspirationnistes, ils suggèrent que c’est par l’étude de l’histoire du 11-Septembre qu’on arrive à douter de la "version officielle"… c’est oublier un peu vite l’hypothèse inverse, tout à fait réaliste également : c’est en flirtant avec le conspirationnisme que beaucoup apprennent peut-être l’existence de la troisième tour…

La question 8 est parfaitement creuse : qui pourrait bien être "contre un débat", pourvu qu’on ne le force pas à y participer ? Qui pourrait être contre une enquête pour en savoir plus ? Seule la minorité de personnes qui à la fois connaît bien le dossier – et sait qu’il y a déjà eu une enquête approfondie contrairement à ce que suggère la question – et n’en remet pas en cause les conclusions pourrait vouloir répondre non.

Mais, bien que superflue du point de vue informatif, cette question est utile au sondeur, puisqu’elle fournit un argument (fallacieux) au commanditaire, en lui permettant de dire "les Français veulent une enquête !". Tout sondeur sait bien qu’une réponse majoritairement positive à la question "Seriez-vous favorable à une enquête supplémentaire" ne révèle rien des désirs réels de la population…

Dans un sondage qui ne comporte que 8 questions, Junior Conseil réussit l’exploit de "tomber" dans un nombre impressionnant d’erreurs méthodologiques bien connues des sondeurs, et dont tout ouvrage d’introduction aux techniques de questionnaires fait mention. Le résultat ressemble à s’y méprendre à une manipulation organisée, ou bien à un cas d’école regroupant tout ce qu’il ne faut surtout pas faire lors d’un sondage.

Nicolas Gauvrit (maître de conférences en mathématiques), Valéry Rasplus (sociologue, essayiste)

Newo

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