Paranoïa

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Paranoïa

Message  Newo le Mar 6 Sep - 10:48

Le conspirationnisme

Le conspirationnisme (ou "complotisme") est une idéologie paranoïaque née de la généralisation de théories du complot.

Elle consiste à prétendre (i.e. affirmer sans preuves, mais par l'instigation du doute) que des autorités quelconques (étatiques, transnationales, militaires, religieuses, financières, etc.) dissimulent leur connaissance d'un certain nombre de faits ainsi que le contrôle de leurs opposants (par la désinformation, la menace, etc.) dans le cadre d'un objectif inavoué.

En tant que croyance, il permet de fournir une théorie expliquant qu'une affirmation puisse être vraie sans que les non-conspirationnistes en voient les effets concrets dans la vie de tous les jours (1).
Principes
Induction

A défaut d'être prouvée, la conspiration est présentée crédible selon les principes suivants :

Généralisation (2)
Induction : Des mensonges et erreurs de la part d'autorités (étatiques, scientifiques, militaires, etc.) ont existé dans le passé => Ils sont donc possibles / ils peuvent donc toujours exister aujourd'hui.
Déduction : La conspiration particulière prétendue serait tout aussi fondée <= puisque les conspirations sont possibles 3.
Justification ad hoc : L'existence du complot est étayée, entre autres, pas éléments subjectifs non avérés tel que :
un procès d'intention (les auteurs supposés du complot ont tel ou tel objectif)
autre prétention non prouvée, comme souvent l'objet du complot lui-même (par exemple un complot visant à cacher l'existence d'extraterrestres sera justifié par... l'impact qu'aurait la révélation de leur existence).
Inversion de la charge de la preuve : Le complot est considéré crédible faute d'être réfuté, notamment parce que par définition il n'est pas prouvable s'il est efficace (et s'il est efficace, c'est peut-être qu'il existe). Il constitue dès lors une hypothèse infalsifiable. La preuve Le fait que l'on puisse se poser la question - pourquoi pas légitimement - de l'existence d'une conspiration n'implique pas que celle-ci soit prouvée.

Cette généralisation se doit d'être suffisamment peu caractérisée (ne pas indiquer quelles conditions permettraient à la conspiration dpour que ce phénomène se reproduise ? Quelles sont celles qui permettent de l'éviter ? etc.) qui permet de ne 'être invalidée que par peu de choses, de sorte que seule la nature et/ou la position des accusés (des "autorités" ou "puissances" quelconques, occultes ou non) semble justifier cette "loi".

Projection

La théorie joue donc un rôle prépondérant dans le conspirationnisme. A défaut de preuves, la théorie est projetée (adaptée) sur les faits (au lieu de l'inverse) par une interprêtation ad hoc, ces derniers donnant ainsi l'impression de la valider.

Ainsi toute déclaration, explication d'un phénomène jusqu'ici inexpliqué, aveux de canular, élément de l'actualité devient, non plus le point de départ d'un raisonnement, mais la finalité du chemin par laquelle la théorie de la conspiration doit passer. etc. Des exemples de telles interprétations ad hoc de faits peuvent être :

des événements :
Un exemple particulier de cette interprétation ad hoc des faits et que toute contestation de la conspiration ne peut que la confirmer (puisqu'elle ne peut être que l'oeuvre des conspirateurs eux-mêmes souhaitant protéger leur forfait).
l'absence d'événements :
A contrario, l'absence de contestation pourra être interprêtée comme une confirmation implicite. Ca n'a pas été nié officiellement implique donc c'est vrai par une sorte dérive sémantique proche du dicton enfantin c'est le dernier qui a parlé qui a raison.
De même, le fait que la vie "réelle" ne montre apparemment rien de la conspiration (les gens semblent vivre "normalement", les états semblent avoir des préoccupations "ordinaires", etc.) est interprêté comme, au choix :
une efficacité du secret, une démonstration de la toute puissance des autorités qui fomentent la conspiration, qui seraient ainsi capables d'imposer une telle "normalité apparente". L'absence de preuve devient en quelque sorte la preuve du secret, la preuve du complot.
le simple reflet d'une phase préalable, de préparation du complot en développement progressif. La menace approche et, en bons croyants, ne seront sauvés que ceux qui s’y seront préparés

Précaution

Il faut se garder d'amalgamer la question du conspirationnisme avec celle de la vigilance, toujours nécessaire. C'est d’ailleurs ce même regard critique qui permet de mettre en question le conspirationnisme.

La vigilance est un réflexe sain dans l'examen du propos des autres, et il est certainement tentant pour un esprit, légitimement inquiet face aux possibilités de manipulation (et d'autant plus qu'il est cultivé), d’appliquer son propre principe de précaution. Relayer des théories de conspirations ou les théoriser soi-même, serait en quelque sorte prévenir le mal. Un mal qui n'existe peut-être pas, mais pour lequel au moins on se sera préparé, on aura levé l'alerte s'il existe.

Et quitte à se préparer, autant se préparer au pire. Un pire qui n’est cependant jamais certain. A la mesure de la globalisation de nos vies, les craintes à la base du conspirationnisme sont régulièrement remplacées par d'autres, pires encore, dans une escalade qui entretient le conspirationnisme depuis toujours. Après les lobbies et les sociétés secrètes, les "gouvernements mondiaux" occultes orchestrant un "Nouvel Ordre Mondial" (New World Order, ou NWO), ce ne peut être qu'une conspiration d'envergure globale (pourquoi pas cosmique ?) qui nous menace... peut-être.

Décrire son inquiétude, la dessiner, et en alerter les autres, avec qui vous ne serez plus seul pour l'affronter. Peut-être ceux-ci vous rassureront-ils en démystifiant votre peur, ou peut-être réussirez-vous à leur transmettre votre virus. Ils loueront alors votre intelligence, qui a su reconnaître ce danger (hypothétique, mais on l'a déjà oublié) qu’ils n'avaient pas vu.

Motivation

Pourquoi en vient-on au conspirationnisme ? Difficile à dire, tant le parcours de chacun peut être différent, mais on peut proposer quelques pistes :

Ego : Une personne dénonçant continuellement des conspirations se positionne implicitement comme plus intelligente que celles qui se font avoir. Dans sa relation aux autres, elle peut donc se positionner à la fois comme supérieure, voire une personne quasi-héroïque capable de sauver et aidant ceux qui ne sont considérés "non informés", "naïfs" ou incapables de reconnaître les conspirations en question.
Phobie : Dans une sorte de principe de précaution poussé à l'extrême, une personne conspirationniste, même si elle sait en son fort intérieur que ce qu'elle dénonce n'est peut-être pas vrai, va préférer toujours imaginer le pire (que ce soit vrai) dans l'espoir de prévenir le mal potentiel (en le dénonçant). Au pire si ça n'existe pas la théorie conspirationniste dit donc entre les lignes : faites attention à ce que ça n'arrive pas !
Politique : Certaines théories de conspirations sont liées et entremêlées d'autres idéologies, souvent haineuses (envers des catégories de population, sur des critères racistes ou non) ou revanchardes (envers les "autorités" qui seraient corrompues, injustes, ne pensant qu'à leur propre profit et nous mentent). Par exemple une haine des autorités américaines pourra participer à l'idée d'une conspiration du 11 septembre.

Symptômes

Une question centrale dans le débat sur le conspirationnisme est de savoir ce qui différencie une attitude conspirationniste d'une autre. Il ne suffit bien sûr pas d'exprimer un doute ou même de parler de conspiration pour être conspirationniste, mais de :

ne pas appliquer le principe du rasoir d'Ockham : lorsque 1 explication avérée (visible) suffit, une autre est, non pas remplacée, mais ajoutée à l'existante. Par exemple si un avion s'écrase sur un building et provoque un incendie menant à son effondrement, le conspirationniste ne va pas chercher en quoi cet événément était exceptionnel, mais plutôt y ajouter une cause supplémentaire (explosifs cachés par exemple).
voir une conspiration à l'oeuvre en permanence dans la vie de tous les jours : les informations, les produits que l'on achète, les livres publiés, les films qui sortent, etc. tous sont interprêtés comme ayant un rapport de près ou de loin avec la conspiration (un mécanisme comparable à celui de la croyance religieuse, où tout événement de la vie est supposé être soumis à la volonté divine).

Instrumentaliser

A paranoïaque, paranoïaque et demi

La paranoïa a la vie dure. Au point que, quand on la conteste, on la renforce ou en crée une autre. Le conspirationnisme est une dérive... qui profite aux conspirateurs !

Toutefois, lorsque la motivation d'un conspirationniste est réellement d'obtenir la vérité plutôt que de "charger" tels ou tels ennemis, celui-ci revienne vers un jugement plus objectif [3].

De même que les croyants à une religion voient le monde et ses événements à travers le prisme de leur religion sans que les non-croyants en fassent la même interprétation
Sorte de réductionnisme à l'envers, où au lieu d'amalgamer l'inexpliqué à l'expliqué, on amalgame le particulier au général
D'autres éléments censés étayer la théorie de conspiration sont bien sûr avancés aussi, mais ceux-ci ne permettent pas d'emporter l'adhésion sans quoi la conspiration ne resterait pas au stade de théorie. La généralisation est alors avancée comme un argument censé combler ce manque de preuve définitive : oui, ce n'est pas entièrement prouvé, mais mon absence de preuve ne veut pas dire que ce que je dis est faux, car des choses comparables sont arrivées dans le passé. La possibilité du vrai suffit


Jerome Blattner
Sagan, C. E.:
Metzger, Mike: "Letter of Resignation"

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Re: Paranoïa

Message  Gourou le Mar 6 Sep - 10:52


La paranoïa (du grec παράνοια (paranoia) : folie, des mots παρά (para) : à côté de et νόος (noos) : pensée, esprit1) est une maladie mentale lourdement influencée par l'anxiété ou la peur, souvent jusqu'à un point d'irrationalité et de délire (délire paranoïaque). La pensée paranoïaque inclut typiquement des croyances de persécution concernant une menace perçue envers les individus. Historiquement, cette caractérisation est utilisée pour décrire un état délirant.

Il est opportun d'en différencier la personnalité paranoïaque, qui est un caractère particulier chez certains sujets, mais sans développement d'un délire (même si une personnalité paranoïaque peut évoluer vers une authentique paranoïa). Au début du XXIe siècle, dans un sens dérivé, le langage commun ou journalistique utilise le terme « paranoïa » pour rendre compte d'états comme la méfiance, la suspicion ou le scepticisme, qui ne sont pas pathologiques.
....
Les thèmes du délire, c'est-à-dire le contenu des interprétations, concernent des idées de persécution, de préjudice, de complot. L'évolution fait que, peu à peu, l'ensemble des évènements rencontrés par le sujet vont être rattachés au système délirant. Par exemple, si un proche, un collègue ou un médecin tente de rassurer le sujet en lui disant qu'il « se fait des idées », cela sera immédiatement interprété comme un signe d'appartenance au « complot ». C'est ce qu'on appelle un délire « en réseau » puisqu'il s'étend peu à peu à toute la vie psychique. Il concerne tous les domaines (affectif, relationnel et psychique) de la vie du sujet. L'évolution est chronique.
...
Personnalité

Le risque est principalement l'évolution vers une psychose paranoïaque constituée. Elle n'est pas systématique, et le patient peut montrer jusque-là une parfaite adaptation sociale (normopathie).

Psychose

Syndrome dépressif avec risque suicidaire (c'est dans la paranoïa sensitive que cela est le plus fréquent)
Passage à l'acte hétéro-agressif sous-tendu par des motivations délirantes. Cela peut aller jusqu'au meurtre du persécuteur désigné.

Danger

Le danger psychiatrique des patients affectés par des psychoses paranoïaques n'est pas à négliger. Il est d'autant plus à craindre :

qu'il existe un persécuteur désigné, c'est-à-dire un individu précis, jugé comme étant responsable des persécutions que le sujet pense endurer ;
que le délire évolue de longue date et s'est enrichi au cours du temps ;
qu'il existe un trouble de l'humeur concomitant ;
qu'il existe un alcoolisme et/ou une consommation excessive de drogues.
...
Idéalement, les soins s'organisent en ambulatoire, mais dans certains cas, une hospitalisation est nécessaire :

lors de phases dépressives faisant courir un risque de passage à l'acte suicidaire, parfois accompagné d'homicide (suicide étendu) ;
au cours des phases d'exacerbation délirante, surtout s'il existe un persécuteur désigné, c'est-à-dire une personne que le patient rend responsable des ennuis qu'il traverse (une personne à l'origine du complot contre lui, des persécutions qu'il endure, etc.). Dans ces cas-là, un risque d'agression voire d'homicide existe, faisant de l'hospitalisation une urgence absolue.
...
La paranoïa entretient des liens étroits avec la théorie du complot. Il est parfois très difficile de faire la part des choses, les délires paranoïaques apparaissant souvent comme fortement logiques et cohérents, ils sont susceptibles de convaincre les auditeurs. Dans un certain nombre de cas, les individus affirmant connaître une théorie du complot et se faisant le devoir d'en prévenir le monde sont des sujets paranoïaques.
Enfin, quelques similitudes entre discours paranoïaques et discours religieux (communication personnelle avec Dieu, importance des croyants destinés à sauver le monde, complot allégué visant à éradiquer cette religion, etc.) peuvent prêter à identifications abusives dans un sens comme dans l'autre.

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Vous avez dit parano ?

Message  Gourou le Mar 6 Sep - 10:53


T'es parano !
...
Quelle différence entre se sentir passagèrement "parano", comme cela arrive à tout le monde, et les symptômes durables du vrai paranoïaque ? "Pensez à la chanson de Pierre Vassiliu : "Qu'est-ce qu'il a, qu'est-ce qu'il veut, celui-là..." Il s'agit là d'un questionnement de parano normal. Le vrai parano, lui, transforme la question "Qu'est-ce qu'il veut?" en "Il m'en veut". En fait, tout ce qui est différent de lui est considéré comme ennemi, explique Jean-Pierre Royol, docteur en psychologie au Centre hospitalier d'Arles. En effet, allergique à l'autre, le paranoïaque est obligé de délirer en s'inventant de vrais persécuteurs." Synonyme de folie et de dérèglement de l'esprit en grec, la paranoïa a une très vieille histoire en psychiatrie, mais elle reste extrêmement difficile à soigner.
...
Pour ma part j'ai eu à faire dans le cadre de mes études à des personnes atteinte de cette maladie et le plus dur est sans doute d'arriver à obtenir leur confiance. Elles pensent que le mal est partout et paradoxalement, elle ne font confiance uniquement qu'a d'autres paranoïaques.
...
http://pinkdogofcassis.rmc.fr/245697/Paranoia-La-Theorie-du-complot/

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Re: Paranoïa

Message  Gourou le Mar 6 Sep - 10:55


Théorie du complot (paranoïa)
par Lyonel Kaufmann, http://www.politis.ch

«Appelons théorie du complot toute attitude consistant à rechercher derrière les explications communément admises concernant des événement importants de la vie sociale l’existence de manipulations d’opinion tendant à cacher les causes et les acteurs réels de ces événements.
[…]
Ceci dit, […], l’individu humain est généralement paranoïde, c’est-à-dire qu’il tend à inventer des pouvoirs occultes acharnés à sa destruction. La théorie du complot devient alors une véritable maladie sociale, poussant les esprits faibles à soupçonner partout des manipulations – ce qui les rend, paradoxalement, encore plus sensibles à des manipulations effectives. Il est donc souhaitable d’adopter, face aux rumeurs en général et aux rumeurs de complot en particulier, une attitude critique, s’appuyant autant que possible sur ce que les sciences de la communication et de la cognition peuvent nous en dire.

En psychologie, la théorie du complot est classée sous la pathologie de la paranoïa :

Définition[/b

La paranoïa est une psychose chronique caractérisée par un délire souvent bien organisé (délire de persécution, délire des grandeurs ou de jalousie), la toute-puissance de l’interprétation personnelle au détriment de la confrontation des points de vue avec autrui, la conservation des facultés intellectuelles, et qui n’évolue généralement pas vers l’effondrement. Ce trouble de la personnalité peut toutefois entraîner une souffrance cliniquement significative et une altération du fonctionnement social et professionnel.
[…]
[b]Evolution


Deux dangers guettent le paranoïaque, dans sa volonté pathologique de contrôler la réalité de manière omnipotente: « Quand la réalité lui « désobéit », l’individu risque de finir par s’en prendre à lui-même. Il y a souvent des tentatives de suicide. D’autres vont, par les pires moyens, essayer de transformer cette réalité. Souvent, ils nous arrivent entre les mains de la police. S’ils ont un peu de pouvoir, c’est potentiellement dangereux. Cela peut aller jusqu’au génocide », explique Jean-Pierre Royol.
Staline et Hitler étaient ainsi de grands paranoïaques, de même que Milosevic […]. Le racisme et la xénophobie constituent l’une des expressions du délire paranoïaque. Les régimes totalitaires s’appuient toujours sur ces manifestations issues de l’inconscient, qu’ils cherchent à manipuler.

Et en conclusion, aux propagateurs de la théorie du complot, je réponds

«Arrêtez de mentir sur notre compte
et nous arrêterons de dire la vérité sur le vôtre»

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Re: Paranoïa

Message  Newo le Mar 6 Sep - 14:54

Théorie du complot: Sommes-nous tous paranos ?
Jean-Laurent Van Lint


Les théories du complot sont vieilles comme le monde. Mais depuis le 11/9, elles attirent chaque jour de nouveaux croyants. Et leurs apôtres ne sont pas tous d'inoffensifs illuminés.
Il y a dix ans, avec les tours du WTC et les murs du Pentagone, beaucoup de certitudes se sont écroulées. Une poignée d'hommes aux moyens très limités pouvaient abattre les symboles du pouvoir financier et militaire américain. Tout devenait possible. Et le monde par la même occasion beaucoup plus complexe et inquiétant. Prochainement, à l'occasion du dixième anniversaire de cet événement majeur de l'histoire récente, on s'interrogera sur ses conséquences. Elles sont bien sûr politiques, diplomatiques, sociales, économiques. Elles sont aussi psychologiques. Les attentats du 11/9 ont ouvert une nouvelle ère du soupçon. Les thèses complotistes sont aussi vieilles que les premières formes d'organisations politiques. Mais l'événement, parallèlement au formidable développement d'Internet, leur a prêté une nouvelle vie.
Qu'elle soit liée directement ou non aux événements de New York, la suspicion a désormais largement dépassé le cercle des habituels illuminés prompts à fantasmer d'imaginaires conjurations. Au point qu'on peut se demander aujourd'hui si ce conspirationnisme n'est pas en train d'accéder au rang de contre-culture, voire d'idéologie de masse. Durant plusieurs années, Bruno Fay, un journaliste français, a enquêté sur ces tentatives de désinformation, ces mensonges et ces fantasmes de conspirations qui prolifèrent actuellement sur la Toile.


À vous lire, nous serions de plus en plus nombreux à croire aux grands complots…

Bruno Fay - Oui, parce que les thèses qui nourrissent le soupçon sont aussi de plus en plus nombreuses! J'ai décidé d'enquêter sur ce sujet quelques années après le 11/9, quand j'ai découvert que des amis à moi, pas spécialement des illuminés, croyaient sincèrement que les attentats étaient orchestrés par le gouvernement américain. Jusque-là, je pensais que les théories du complot étaient cantonnées aux milieux extrémistes, dont les cibles sont les habituels prétendus complots juif et franc-maçon. Or, aujourd'hui se développe manifestement un nouveau complotisme de masse au quotidien, qui touche toutes les catégories de la population. Aujourd'hui, à tout fait d'actualité, à tout événement ou presque correspond une interprétation conspirationniste.

Quelles sont les principales théories du complot circulant aujourd'hui?

La thèse du 11 septembre organisé par les USA eux-mêmes reste la mère de toutes les conjurations imaginaires récentes, comme en témoignent le nombre de rumeurs autour de la mort récente de Ben Laden. Toujours aux Etats-Unis, l'assassinat de JFK est toujours d'actualité. Très en vogue aussi, la croyance en un Nouvel Ordre mondial, qui veut que le monde serait régi par un gouvernement occulte. La crise économique, ici, a incontestablement ravivé cette ancienne hypothèse. Sur un versant résolument plus moderne, les nouvelles puces à identification par radio-fréquence font craindre que nous ne soyons tous manipulés à distance. C'est un nouvel avatar de la théorie du complot des codes-barres, qui prétend que chaque humain est placé sous surveillance. Celle-ci a manifestement de beaux jours devant elle. D'ailleurs, une pathologie inédite a été relevée à plusieurs reprises ces dernières années: le syndrome de Truman, en référence au film Truman Show. Ceux qui en souffrent se croient suivis et traqués en permanence. Enfin, les inquiétudes liées à la santé publique, aux virus et autres épidémies sont également très répandues. Ces dernières illustrent d'ailleurs parfaitement bien le conspirationnisme ordinaire de notre époque.

Comment?

Vous vous souvenez des discours officiels au début de l'épidémie de grippe aviaire? Des millions de personnes risquaient de mourir, nous disait-on. Pourtant, 90 % des Français ne se sont pas vaccinés. Parce qu'ils n'ont pas cru à la parole officielle. Il y a quinze ans, au moment de la maladie de la vache folle, nous avons connu la même chose. Un scénario catastrophe, heureusement non traduit dans les faits. Depuis, chaque crise sanitaire donne lieu à de nouvelles théories. Elles fonctionnent toutes sur un mode similaire: les laboratoires pharmaceutiques manipulent les autorités et l'opinion afin d'écouler leurs vaccins. Quand ce ne sont pas carrément eux qui introduisent volontairement la maladie. Et l'Organisation mondiale de la santé serait de mèche.

Sur ce dernier point, on n'aurait peut-être pas tort de se méfier. Depuis qu'on sait que certains experts œuvrent également pour l'industrie pharmaceutique, les conflits d'intérêts au sein de l'OMS sont avérés…

Tout à fait. C'est d'ailleurs là que les théories du complot rencontrent la réalité. Les mensonges au sommet, les affaires d'espionnage, les scandales d'ordre politico-financier, mais aussi les erreurs de bonne foi, incitent tous les jours au doute. Or, notamment grâce à Internet, où tout reste disponible en permanence, nous avons désormais une bien meilleure mémoire des mensonges passés, mais aussi une connaissance bien plus complète des scandales du présent.

On se souvient de tout, on est au courant de tout… Et pourtant, on serait plus que jamais persuadé que la vérité est ailleurs?

C'est moins contradictoire qu'il n'y paraît. Nous vivons certes dans l'immédiateté de l'information, que la mondialisation rend disponible pour tous, au même moment, dans le monde entier. Aujourd'hui, l'assassinat de Ben Laden ou l'arrestation de DSK sont annoncés en primeur sur Twitter. Mais en même temps, très peu de ces faits sont réellement mis en perspective. Un titre remplace l'autre, l'espace médiatique est plein en permanence, mais la presse renonce le plus souvent à effectuer un authentique travail de vérité sur l'info brute. Au contraire, la photo truquée de la mort du leader d'al-Qaida fait le tour du monde, y compris dans les médias traditionnels réputés les plus sérieux. En sens inverse, les théories du complot, elles, circulent aussi beaucoup mieux et beaucoup plus vite qu'avant, sachant que n'importe quel internaute avec un peu de savoir-faire peut disposer grâce à la Toile d'un formidable mégaphone.
La vérité, qui est rarement une manifestation de l'instant, joue, elle, à contretemps.

Parmi les tenants des théories du complot, on remarque aussi que les plus acharnés évoluent souvent aux marges de la société: ultra-gauchistes, écolos fondamentalistes, extrémistes de droite, etc.

Oui, mais, paradoxalement, ce sont justement eux qui font le plus de tort à leur propre "camp". J'ai rencontré Daniel Estulin, l'ennemi numéro un du gouvernement mondial secret, qui vend par millions des ouvrages "d'investigation" sur fond de gouvernance mondiale occulte. Leurs titres disent tout: Conspiration Octopus, Les Maîtres de l'ombre, etc. Ce type est fou. Rien dans son argumentation ne tient debout et s'effondre à la première analyse. Par exemple, quand il prétend que François Mitterrand a été enlevé et aurait subi un lavage du cerveau afin de changer le cours de ses idées politiques! Ce qui est gênant, avec de tels extrémistes, c'est qu'on ne peut plus raisonnablement débattre des vrais enjeux. En quelque sorte, ce sont des "idiots utiles", qui décrédibilisent leur propre cause. Si, après eux, vous émettez à votre tour un doute, même raisonnable, vous serez immédiatement catalogué comme clown. C'est d'ailleurs ce que m'a expliqué votre compatriote Etienne Davignon.

Vous avez rencontré Etienne Davignon?

Oui, car j'ai voulu aussi rencontrer ceux qu'on accuse de fomenter des complots. Etienne Davignon est président honoraire du groupe Bilderberg, une sorte de club composé de diplomates, d'hommes d'affaires et de politiques. Des "maîtres du monde", en somme, qui se réunissent chaque année. Il est très controversé, en raison de son caractère non démocratique et opaque, voire secret, et suscite évidemment beaucoup de fantasmes quant à son influence réelle sur la politique et l'économie mondiales. Etienne Davignon, donc, m'a expliqué que les théories du complot à son sujet les amusaient beaucoup. Mieux, cela leur permettait de préserver la discrétion de ses réunions. Dans les médias sérieux, personne n'osait en parler, étant donné le nombre de fumisteries qui circulaient déjà à son sujet.

L'historien des idées Pierre-André Taguieff, un autre spécialiste des théories du complot, s'est déclaré très inquiet de constater que celles-ci renforçaient un certain populisme ambiant. Vous le rejoignez?

Non, et je prends même l'exact contre-pied. Pierre-André Taguieff est obsédé par les extrémistes et les illuminés, dont les théories seraient donc par définition absurdes. Sauf qu'ils ne représentent qu'une infime fraction de la population "conspirationniste". J'ai préféré, moi, m'intéresser à cette immense majorité qui colporte des théories du complot sans aucun arrière-fond politique, à ce nouveau conspirationnisme de masse. D'ailleurs, pour avoir enquêté là-dessus, je n'ai trouvé aucun lien avéré entre le populisme et l'émergence du complotisme. Pas même lors des élections. Si les apôtres de la conjuration avaient une couleur politique, ce serait celle de l'abstention. En fait, ils incarnent plutôt la crise de confiance actuelle envers les autorités, quelles qu'elles soient, politiques, religieuses ou autres. Et aucun parti politique, même à l'extrême droite, n'est encore parvenu à canaliser ce courant de l'opinion diffus, généralisé mais sans ligne directrice et donc très difficile à cerner.

Mais auquel il faudrait quand même prêter attention?

Plutôt que de crier au fou, les médias, ou même notre société en général, devraient plutôt accepter le débat. C'est-à-dire postuler systématiquement qu'une théorie du complot n'est pas a priori fausse. Elle est démontrée, et elle devient alors une vérité. Ou pas, et elle reste une théorie. Certaines se révèlent d'ailleurs parfois valides. Au début, on a aussi traité d'affabulateurs ceux qui prétendaient que l'explosion du Rainbow Warrior était un coup monté par les services secrets français. Quant aux événements encore entourés d'un certain mystère, les théories du complot peuvent parfois comporter une part de vérité, parce qu'elles se nourrissent aussi de vrais coups tordus. Comment ne pas comprendre les soupçons autour de la mort de Ben Laden, sachant les vrais mensonges d'Etat proférés par l'administration Bush à propos des armes de destruction massive irakiennes, en direct, face au monde entier, à la tribune de l'ONU. En France, l'actualité récente nous a fourni un autre exemple. L'affaire Clearstream, soit un complot avéré destiné à mouiller des personnalités politiques, que la justice n'a pas fini de trancher. Le doute est donc toujours légitime, et on ne peut plus se permettre d'exclure les conspirationnistes. Qu'on le veuille ou non, ils forment désormais une partie trop importante de la population. On ne peut pas courir le risque de la voir s'enfermer dans sa logique parce qu'on aurait rompu le dialogue.

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Mythomanie

Message  Newo le Lun 12 Sep - 22:54

Une petite partie des personnes qui colportent les théories du complot ne sont pas que des menteuses. Certaines sont mythomanes.

Mythomanie : Définition

Terme issu du grec muthos : légende, récit non historique, et du latin mania : folie. Synonyme : pseudologie. Tendance pathologique à dire des mensonges sans en avoir conscience. Contrairement au menteur, le mythomane est inconscient de son mensonge. Il est incapable de faire la différence entre la réalité et les évènements issus de son imagination. C'est un phénomène caractéristique d'une certaine phase du développement de la pensée du jeune enfant, qui raconte comme étant vraies des histoires imaginaires. Ces mensonges ne sont pas intentionnels : l'enfant croit vraiment à ce qu'il raconte. C'est une étape normale de l'enfance. Mais quand cette tendance persiste au-delà de la petite enfance, et jusqu'à l'age adulte, elle révèle un trouble du comportement. Pour les psychiatres

La mythomanie traduit une organisation névrotique de la personnalité, qualifiée d'hystérique. Mais elle peut également etre présente lors de troubles psychotiques
L'hystérie est un type de névrose entrainant des symptômes divers, et causée le plus souvent par le refoulement consécutif au conflit œdipien.
La névrose est une affection psychiatrique se caractérisant par des troubles du comportement dont le malade est conscient, mais qu'il ne peut dominer.
Elle se traduit par des troubles de l'affectivité et de l'émotivité, mais le malade garde ses fonctions mentales intactes. En effet, contrairement à la psychose, la névrose n'altère pas gravement la personnalité.

D'une manière générale, la névrose est due à un conflit psychique non résolu (impossibilité de choisir entre 2 pulsions contradictoires, d'intégrer un interdit, de surpasser un traumatisme, ...). En fait, c'est une étape de la maturité psychique qui n'a pas été franchie.
On parle de névrose de transfert, ou psychonévrose, quand l'origine du trouble est liée à un conflit ancien.
On appelle névrose actuelle celle provoquée par un traumatisme récent ou par une souffrance narcissique.

La psychose est une affection psychiatrique grave dont le malade est n'a pas conscience, caractérisée par la perte du contact avec la réalité et une altération souvent grave de la personnalité. Ce terme recouvre différentes pathologies (la paranoïa et la schizophrénie, entre autres, sont des psychoses). EN RESUME
La mythomanie devient pathologique si elle persiste au-delà de l'enfance.

Elle est le signe d'un désordre psychiatrique plus ou moins grave (névrose ou psychose, voir plus haut). Causes
Le recours fréquent, voire permanent, aux mensonges est pour le mythomane le seul moyen de fuir une réalité qu'il ne peut accepter ou affronter sans souffir. Il se donne ainsi l'illusion de changer cette réalité douloureuse.
Cette fuite de la vérité traduit généralement un manque de maturité affective et de confiance en soi. Traitement
Il est du ressort de l'analyse psychiatrique qui, par le biais de différentes techniques, aidera le mythomane à retrouver les causes profondes, enfouies dans l'inconscient, de son trouble. Diagnostic : attention au syndrome de Korsakoff.

Syndrome se caractérisant par une amnésie (perte de mémoire), une fabulation et, chez les alcooliques, par une polynévrite (inflammation des tissus nerveux).
Pour compenser leur absence de mémoire, ces malades se servent de la fabulation. La fabulation est le fait de présenter comme une réalité vécue ce qui est purement imaginaire et, aux questions qui leur sont posées, ils donnent des réponses qui ne sont ni claires ni plausibles, et n'appartiennent qu'au monde intérieur du malade (voir le texte traitant de cette maladie).

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Newo

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